Achoura : confiance, gratitude et action

Louange à Dieu, et que la paix et la bénédiction soient sur Son Messager et sur ceux qui lui sont fidèles.

Dieu, le Très-Haut, dit dans Son noble Livre, selon le sens des versets : « Quand les deux groupes furent en vue l’un de l’autre, les compagnons de Moïse dirent : nous allons être rattrapés ! Il répondit : non ! Mon Seigneur est avec moi ; Il me guidera. » [1]

Achoura est l’un des jours de Dieu : celui où Il sauva Moïse et les croyants qui l’accompagnaient, et noya Pharaon et ses soldats. Lorsque le Prophète, paix et bénédiction sur lui, arriva à Médine et trouva les juifs jeûnant ce jour-là, il déclara, selon le sens du hadith : « J’ai plus de droit que vous à me réclamer de Moïse. » Il jeûna ce jour et ordonna de le jeûner. [2]

Achoura est le dixième jour du mois de Dieu, Muharram. Le Prophète a dit, selon le sens du hadith : « Pour le jeûne du jour d’Achoura, j’espère de Dieu qu’il expie l’année qui le précède. » Il est recommandé de jeûner aussi le neuvième jour, car il a dit : « Si je suis encore en vie l’an prochain, je jeûnerai le neuvième. » C’est un temps de gratitude où nous nous rapprochons de Dieu et retrouvons notre lien avec le chemin des prophètes. [3] [4]

Quand vient Achoura, nous jeûnons, remercions Dieu et revenons au récit de Moïse pour voir ce que notre vie peut en apprendre. Le Coran ne nous raconte pas l’histoire de Moïse et de Pharaon pour remplir seulement notre mémoire, mais pour nous guider. C’est pourquoi Dieu dit, selon le sens du verset : « Rappelle-leur les jours de Dieu. » Nous lisons ce récit pour apprendre, pas seulement pour en connaître les détails. Demandons-nous : que fait de nous le pouvoir lorsque nous le détenons ? Que reste-t-il dans notre cœur de la confiance en Dieu lorsque nous avons peur ? Comment en parler à nos enfants ? [5]

L’une de ses plus grandes leçons est que la vie ne dépend pas seulement des moyens, de la force ou des chiffres. Nous vivons dans un monde qui exalte la puissance matérielle et mesure tout par l’argent, les armes, l’influence et la technologie. Beaucoup finissent par penser que posséder les moyens revient à posséder l’avenir. Chaque année, Achoura nous rappelle qu’au-dessus des moyens se trouve leur Seigneur ; au-dessus de la force, la puissance de Dieu ; au-dessus des plans humains, le dessein de Dieu.

Contemplons la scène : devant Moïse, paix sur lui, la mer ; derrière lui, Pharaon, son armée, ses armes et sa brutalité. Les compagnons de Moïse disent, selon le sens du verset : « Nous allons être rattrapés ! » Chacun peut comprendre cette parole : elle vient d’un regard porté sur les seules données visibles et les calculs apparents. Mais Moïse avait confiance dans la promesse et la guidance de son Seigneur. Il répondit, selon le sens du verset : « Non ! Mon Seigneur est avec moi ; Il me guidera. » [6] [7]

Voilà l’attachement à Dieu dont nous avons besoin : que notre cœur se tourne vers Lui lorsque les voies se resserrent ; que nous employions les moyens sans les placer au-dessus de la puissance de leur Créateur. Moïse ne resta pas immobile à attendre : il obéit à l’ordre de son Seigneur et partit avec son peuple. La confiance en Dieu nous porte à agir ; elle ne nous dispense pas de nos responsabilités.

Pharaon dit, selon le sens du verset : « Je suis votre seigneur le plus élevé. » Moïse dit : « Mon Seigneur est avec moi ; Il me guidera. » L’un s’éleva au-dessus des créatures, grisé par sa royauté. L’autre était un serviteur de Dieu, qui puisait auprès de Lui force et direction. C’est la différence fondamentale que ce récit nous invite à examiner en nous-mêmes : que faisons-nous lorsque nous avons du pouvoir ? Vers qui nous tournons-nous lorsque nous sommes faibles ? [8] [9]

Dans l’histoire de Pharaon, le Coran nous montre la tyrannie de l’être humain qui se croit au-dessus de la vérité et de toute reddition de comptes. Lisons ce récit pour refuser l’injustice et vérifier notre propre justice là où nous avons du pouvoir : à la maison, au travail, envers les faibles et envers ceux qui ne peuvent répondre à nos mauvais traitements. Celui qui déteste la grande tyrannie doit veiller à ne pas en reproduire quelque chose dans sa petite sphère d’autorité.

Mais le Coran n’attire pas seulement notre attention sur le tyran : il la porte aussi sur son entourage. Dieu dit, selon le sens du verset : « Il abusa de la crédulité de son peuple, et ils lui obéirent. » Ce verset mérite que nous nous y arrêtions longuement. La tyrannie ne vit pas du seul tyran. Elle se maintient quand les esprits cessent de réfléchir, quand les gens abandonnent leur responsabilité morale et quand chacun suit le courant, où qu’il aille. [10]

Le Coran protège notre justice, même envers ceux que nous détestons. Dieu dit, selon le sens du verset : « Que la haine d’un peuple ne vous pousse pas à être injustes. Soyez justes : cela est plus proche de la piété. » Que notre colère envers un oppresseur ne nous conduise donc pas à léser un innocent, ni notre désaccord avec quelqu’un à nier son droit. Nous avons besoin de cette mesure dans nos paroles, nos prises de position et nos publications. Le terme du verset désigne bien la haine : la justice est mise à l’épreuve là où elle coûte, lorsque l’âme s’emporte et veut triompher pour elle-même. Une autre forme de courage commence alors : arrêter une parole injuste, corriger une information publiée qui s’est révélée fausse, rendre justice à celui que nous n’aimons pas. Nous élevons ainsi nos enfants dans une force qui protège le droit et une compassion qui préserve la dignité. [11]

Parmi les leçons adressées à nos jeunes et à nos familles : ne faites pas de la célébrité un substitut à la preuve, ni du nombre d’abonnés un critère de vérité. Vivons avec les gens, coopérons avec eux et traitons-les avec bienveillance, tout en préservant nos repères et nos valeurs. Un jeune a parfois besoin d’un courage tranquille pour dire : je ne me moque pas de ce camarade, même si tout le monde rit.

En Europe, nous avons besoin de garder le Coran vivant dans nos cœurs, la prière présente dans nos journées et la foi agissante dans nos décisions. Études, travail et achats peuvent nous absorber jusqu’à affaiblir ce lien sans que nous le remarquions. Le remède commence par une proximité renouvelée avec Dieu, une bonne compagnie et un dialogue avec nos enfants, pour qu’ils comprennent leur religion et y trouvent sens et apaisement.

Lorsque nous pensons aux souffrances des opprimés en Palestine et ailleurs, notre cœur peut s’alourdir et se sentir impuissant. Ne minimisons pas cette douleur et ne demandons pas de fermer les yeux. Ouvrons plutôt avec la personne une porte qu’elle peut franchir : invocation, aide humanitaire fiable, parole juste, soutien aux personnes dans le besoin, justice qui ne se transforme ni en haine ni en agression.

La mer devant Moïse était bien réelle ; l’armée de Pharaon derrière lui l’était aussi. Mais l’accompagnement et la guidance de Dieu étaient plus grands que sa crainte des créatures. Nous croyons à la puissance et à la justice de Dieu, sans prétendre connaître, pour chacun, le moment ou la forme de la délivrance. L’épreuve peut durer ; le croyant reste appelé à la patience, à l’action et à la compassion, en demandant à son Seigneur de l’aider à porter ce qu’il ne peut porter seul.

Lorsque nous jeûnons Achoura, nous unissons la gratitude pour la délivrance et la pratique de l’enseignement du Prophète. La gratitude s’étend au bon usage du bienfait. Celui qui connaît la sécurité pense à celui qui a peur ; celui qui a des ressources pense au démuni ; celui qui peut instruire ses enfants leur donne une part de ce récit : un prophète qui fait confiance à son Seigneur et un tyran que sa force n’a pas sauvé.

Que chacun choisisse donc un acte pour accompagner son jeûne : restituer un droit, apporter une aide ou prendre un moment avec ses enfants pour méditer l’histoire de Moïse. Renouvelons notre confiance en Dieu, puis avançons selon nos possibilités. La certitude qui rend le cœur vivant se manifeste par la gratitude, l’action et la justice.

Ô Dieu, accorde-nous une confiance ferme en Toi, la gratitude pour Tes bienfaits et la justice envers Tes serviteurs. Protège nos familles, raffermis nos cœurs, dissipe la détresse des éprouvés, soutiens les opprimés et fais de nous des êtres qui ouvrent les portes du bien.

Sources
[1] Coran, Ash-Shu‘ara, 26:61–62.
[2] Sahih Al-Bukhari, hadith 2004.
[3] Sahih Muslim, hadith 1162.
[4] Sahih Muslim, hadith 1134.
[5] Coran, Ibrahim, 14:5.
[6] Coran, Ash-Shu‘ara, 26:61.
[7] Coran, Ash-Shu‘ara, 26:62.
[8] Coran, An-Nazi‘at, 79:24.
[9] Coran, Ash-Shu‘ara, 26:62.
[10] Coran, Az-Zukhruf, 43:54.
[11] Coran, Al-Ma’ida, 5:8.
